garderais-je les mots si je n'avais à dire

une orange une aurore un élan ou un rire

dire comme ce cheval fou hanté par l'eau de Seine

par le temps clapotis au fond de ses poumons

garderais-je la rime sans ombre de raison

sans blanc et sans crépi aux murs de ma prison

sans matelas moelleux fait de molle inertie

pour protéger le crâne contre les coups du vent

garderais-je l'écrit si nul ne savait lire

dans le fond du secret comme une main qui prie

et reprend mais tout bas ce que la vie retire

endormi par le rythme à l a lisière des mots

je voyage sans ruse comme un nageur s e noie

avec dedans l a tempe

l'ardente prophétie

et la fièvre agitée des

soupirs du ghetto

mains agrippées a u bord

e t caressant l a chute

avec laquelle elles jouent avant que de saison

par mon double au dedans

maudissant à deux voix

l'orient et l'occident

qui crucifient ma croix

moi l'impie psalmodiant

un cantique de foi

ulcérant de tourments

mon dos chargé d e lois

je m e consume tant

e t puis tant j e m e noie

que j e suis jugement

du crime d e mes voix

par mon double au dedans maudissant à deux voix

l'Orient et l'Occident qui me clouent sur leur croix

moi l'impie psalmodiant un cantique de foi

ulcérant de tourments mon dos chargé de lois

je me consume tant et puis tant je me noie

que je suis jugement du crime de mes voix

sur l a feuille sans nervure

mais par l a ride a u front

suivre/creuser l a trace

inscrite dans le blanc

par ce berger des mots

transhumant des idées

par ce témoin des Justes

de l'attente du Jour

de l a cendre pensante

et de l'espoir gazé

sur la feuille sans nervure

mais par la ride au front

suivre / creuser la trace

inscrite dans le blanc

par ce berger des mots

transhumant des idées

par ce témoin des Justes

de l'attente du Jour

de la cendre pensante

et de l'espoir gazé

encerclé e n esprit o u traqué e n son cœur

il en respire à peine et chavire ses heures

mais il s e garde en vue et il paît ses douleurs

sur la nature en friche orpheline des fleurs

délivré par u n cri haletant d e bonheur

sur sa lyre de peintre animant les couleurs

il danse sur son rêve e t déserte les peurs

neiges bénies du foehn d'un souffle d e chaleur

toutes les voix s'éteignent

usées de temps

désertées de raison

vidées d'espoir

assourdies de silence

voix privées d'oreilles

mains tendues dans le vide

écran d'étreintes

fardés soupirs

règne ô règne

des souvenirs

demi-sommeil

du mot palpite

on veille un mort

plus il s'agite

même un glacier

peut reculer

si tu entends CELAN sur un fond d'agonie

prends garde à la douceur de trouver ta folie

si tu revois CELAN un jour de main tendue

redonne-lui ta voix raboteuse ou ténue

si tu reçois CELAN en signe d'obsession

partage pain et sel et fais bénédiction

ORPHÉE regard amer reflété par les eaux

dans les villes des crimes hantées par les canaux

ORPHÉE monde alchimique mordant la pierre ovale

couvée d'un athanor sur fond de chant biblique

ORPHÉE à quatre mains sur la portée des mots

injuriant les échos sur sa grille d'ébène

ORPHÉE de par le monde à jamais égaré

— poète d'agonie et ton pas de nuée

Orphée regard amer reflété dans les eaux

dans les villes des cimes hantées par les canaux

Orphée monde alchimique mordant la pierre ovale

lui couvre d'un athanor en sa robe biblique

Orphée à quatre mains dans la portée des mots

imprimant les échos sur sa grille d'ébène

Orphée de par le monde à jamais égaré

— poète d'agonie et ton pas de nuée

Et je cherche à mon tour le secret du collet

qu'un certain braconnier a noyé

En chasse aux terres du rien au flambeau du mont-lumière

sa main dans la main de personne a posé

Ses mots tanière vide d'un sauvage animal

hommage vrai rendu à la foi trahie

L'arbre et la souche témoins pour la forêt a salué

et je cherche à mon tour

le secret du collet

qu'un certain braconnier

a noyé

en chasse aux terres noires

au flambeau sans lumière

sa main sur personne

a posé

ses mots tanière vide

arbres témoins de la forêt

hommage vrai à la Loi vérité

j'ai rêvé

cette voix de repère

pour territoire secret

cette voix étrangère

à qui rien d'étranger

cette voix de lumière

parlant pour le muet

cette voie-

-là

le pharaon qui règne en mes demeures secrètes

me tient en servitude comme au temps des ancêtres

son nom est : le Multiple

— et s'il disparaissait

je deviendrais l'esclave de tous ses descendants

me voilà donc réduit dedans mon labyrinthe

à chercher une chambre très loin de son pouvoir

où l'écho assourdi de ses fureurs inquiètes

me laisserait en paix

— au moins le temps d'y croire

dénué

dénudé

dénié

nom dénommé

dépourvu

délié

délivré

UN : nu de nuée

c'est le vent de folie qui fait deuil de raison

le manuscrit gratté par la plume du temps

les souvenirs enfouis gravés sous les gravats

la pièce blanche et nue habitée de silence

le repeint jaune d'œuf cru craché sur l'au-delà

sa tour

pensante

et vide

absurdement présente

embûches et flocons

pour entraver son pas

obscurcir sa vision

mais il vit dans l'écho

du murmure des prisons

du souffle des montagnes

de l'hymne des mourants

de la parole du condamné

et du cri du supplicié

lui secret et lui voix

de l'amande-mystère

su autrefois

le nom de moi

en ce temps

au ras des années

fuit ce nom

ce nom dénoncé

mes mains en avant

dans le noir

aller

vers quoi ?

mais

mains en avant

aller

je vous écris dans ma langue étrangère

ma langue maternelle

ma langue de hasard

idiome de diaspora

je vous traduis la voix

qui chuinte ou balbutie

proclame ou psalmodie

jette un pont ou se noie

il n'est pas là Celui qui est mystère

mystère même d'être mystère

absent/présent tué/vivant muet/parlant

pourtant

peut-être

est-il là

Celui qui n'est pas

mystère

je penche du côté où je ne penche pas

et ma seule raison est ma raison absente

je m'appuie sur mon vide et marche à mes côtés

je suis et ne suis pas et je ne sais pas être

je fonde ma patience sur mon total refus

mes seules lumières viennent de mon aveuglement

et ma vie mon néant et ma mort se confondent

je suis mon seul ami

et mon recours sincère

je me tiens par la main

je glisse et me retiens

j'avance et je trébuche

mais je tiens

Voir à mon tour et prendre droit de dire

Crier à mon tour et prendre droit de haine

Rire à mon tour et prendre droit de vivre

rire d'un rire qui n'est pas là vivre d'un vivre qui ne se fera pas

quelle solitude pourra dire la mesure du rire

et l'écart et sa trace dans le temps du là-bas

encerclé en sommet ou traqué en son cœur il en souffre à peine et chavire ses heures

et il se perd de vue et il fait ses douleurs sur la nature en friche orpheline des fleurs

délivré par un cri haletant de bonheur sur la lyre du peintre raviver les couleurs

il danse sur vos rêves et déserte les peurs neiges bénies du fœhn d'un souffle de chaleur

sur ses pas mais sans ses ailes

avec mes tourments mais sans ses souffrances

avec mes mots mais sans sa voix

je vais prêcher la vie et semer la parole le grain de poésie

je vais remuer les dunes pour retrouver les eaux source de poésie

et creuser les tombeaux pour exhumer le corps temple du poète

écoute écoute encore ce que tu n'entends pas ton harmonie

regarde regarde encore ce que tu ne vois pas ta lumière

attends attends encore ce qui ne viendra pas ta plénitude

tant d'idées ivres tant de mémoires blessées

tant de joies perdues tant de rêves oubliés

tant de vies défendues tant de raisons ternies

tant de mains espérées tant de voix abîmées

tant de tant de

je tiens une ficelle pour promener le Temps

je vais en balancelle pour faire voguer le Temps

je rêve d'une nacelle pour faire voler le Temps

je tiens fort ma ficelle pour arrêter le Temps

vois comme l'eau délire de nos mains

vois comme le vent caprice nos destins

vois comme la nuit détresse nos lendemains

(vois) : l'eau délire de nos mains

prévois : le vent caprice des destins

revois : la nuit détresse de lendemains

re — vois —

l'eau est le délire des mains le vent caprice des destins la nuit détresse de lendemains

elles s'énigment un peu celles qui ne sont pas là

elles se nébuleusent celles qui ne parlent pas

elles se figent toujours celles qui ne bougent pas

elles se marmorisent celles qui ne touchent pas

il faut les ressurgir celles qui ne sont pas là

Un jour notre absence

s'est faite cette donne

deux toits et démesure

oublieuse charité

présence et don face nocturne

étreinte ou foi

perdre ou misère

doubler pour voir

avec l'espoir

connaître l'après

Une fois

c'est sans toi

Deux fois

c'est par toi

Trois fois

c'est pour toi

Quatre fois

avec toi

Ma question a trois pétales

un pour dire sans parler

un pour voir sans regarder

un pour aimer sans regarder

Ma réponse a trois pétales

un pour rire et c'est pleurer

un pour marcher et c'est tomber

un pour vivre c'est se noyer

Garderais-je les mots si je n'avais à dire

Une orange une aurore un message ou un rire

Dire comme le cheval fou hanté par l'eau de Seine

Par le temps clapotis au fond de ses poumons

Garderais-je la rime sans ombre de raison

Sans blanc et sans crépi aux murs de ma prison

Sans matelas épais à la molle inertie

Pour protéger le crâne contre les coups de vent

Garderais-je l'écrit si nul ne savait lire

Dans le fond du sanglot comme une main qui prie

Et reprend mais tout bas ce que la vie retire

Sur une scène au milieu de l'air calme

le mime marche contre le vent

rejeté en arrière il lutte

mais recule devant la tempête

le vide autour de lui se déchaîne menaçant

l'homme s'épuise face à l'élément absent

Au-delà d'ici-bas

étoiles et fumées

origine du temps

masse et lumière

chaos et vent

règne de l'esprit

souffle du néant

Une heure s'écoule

une heure sait

s'arrête

mais repart

le temps du temps

attends

mais tu repars

j'attends

le temps de te revoir

Ruine abbaye

au cul de la vallée

rude muraille

détail perché

le juif du toit

patiente encore

veille gargouille

père des remords

La lumière caresse la vie

la terre flambe et éblouit

le rocher s'ouvre et resplendit

mais la main vide est engourdie

Voix d'étang qui chuchote au milieu des roseaux

voix de nuit qui s'enlace sur le nid des oiseaux

voix de rêve qui hante une plainte inconnue

voix de vent qui s'invente comme avant retenue

Le vent de la surprise réveille ma saison

en mon sang je ressens la nostalgie d'orient

dans mon pas je retrouve le rythme des vieux chants

ah qu'enfin ne recommence l'ardente pulsation

qui fouette les membres caresse et le châtiment

et qu'en mon souffle vivent les vagues océans

le vent de la surprise

réveille ma saison

en mon sang je ressens

la nostalgie d'Orient

dans mon pas je retrouve

le rythme des vieux chants

ah qu'enfin recommence

l'ardente pulsation

qui fouette les membres

caresse et châtiment

et qu'en mon souffle vivent

les vagues océans

Chapeau couleur de champ

où s'abrite une caille

habit couleur de vent

où le frisson tressaille

manteau couleur de temps

tout chargé de grisaille

Le tremblement du bras

frêle tendu

c'est l'élan

le regard qui fouille dans le noir

et retrouve cachés

au fond de la mémoire

un rêve

une blessure

et l'éclat d'un miroir

Eux (leurs fantômes ?)

sont auprès de moi

oh comme je surveille

leur souffle la nuit

vieux éclaireur du temps

marchant devant

leurs pièges : mes pièges

demain leurs souffrances : aussi

dans les reins

je dis leurs noms :

Meurtrissure au coin de ta bouche

retrait du regret

une larme d'espoir pleurait

cassure fraîche

du cristal

visant de notre vie

du cristal

menacé de notre mort

t'écrire, oui, toi

non pas : à toi

t'écrire, te dessiner avec

ton contour au lieu de ton absence

te convoquer

te corriger dans les lacis de l'écrit

te haïr dans les blancs

et t'aimer sous les mots

t'injurier

avec des I

te caresser

avec des S

puis détruire l'illusion

et regarder l'écart

m'écrire en fait oui

face à mes mots

à mon néant

à ce cercueil

ce papier blanc

Le séisme dragon

secoue sa carapace

la vieille terre craque

se réveille et menace

c'est la reine du juge

qui va dire le droit

Écrire – écrier

où le mot ? où le but ?

l'instant, l'année

et l'absente saison

tout se dit vague

et erre

éther

sans vigie et sans foi

où le mot ? où le but ?

l'instant l'année

et l'absente saison

tout se dit vague

et erre

éther

sans vigie et sans foi

Su, autrefois, le nom de moi

en ce temps, au ras des années

fuit ce nom, ce nom dénoncé

mes mains en avant dans le noir

aller

vers quoi ?

mais, mains en avant, aller

je me cache dans une besace

me réfugie sous un gravier

ça craque mais je passe

je passe le temps à avancer

je passe je passe mais ça craque

le cœur bat dur

au fond de la besace

et je pars de peur d'avancer

je me cache dans une besace

me réfugie sous un gravier

ça craque ça craque mais je passe

je passe le temps à avancer

je passe je passe mais ça craque

le cœur bat dur au fond de la besace

et je pars de peur d'avancer

Viens, deviens, finis-en d'avenir

mais jamais rien ne vient

sauf l'écho, le reflet, et l'ombre désolée

Mais je crie trop bas

trop bas pour toi

car l'oiseau et la femme

sont bien trop hauts pour moi

et j'écris et je parle

et je parle de toi

de ton ventre rivière

de ton amour parfois

puis la ronde des mots

m'engourdit et m'ennuie

je pense et puis je prie

et je pars dans l'écrit

Car l'amour d'une femme est alcool trop pour moi

je rêve et je plane et j'ai foi en la foi

je me lève et proclame puis dénonce ma foi

car l'amour d'une femme est alcool trop pour moi

Il pleut des gouttes de temps

giclées de rêve

scintillement d'espoir

il pleut du mauvais temps

de la grisaille

d'horizons noirs

bientôt ne pleuvra plus

de gouttes

de temps

Babils de vent

et souffles d'amertume

sur les feuilles du temps

j'écris parole de silence

battements vides

pouls-univers

déchirements de patience

j'écris j'écris sans voix

et sans question

j'écris mes réponses

La peau des mots et le venin des choses

la voix de toi sur l'enfant de la rose

tableau de peurs et d'ardente coulée

espoir de rires espace de rosées

la misère enfouie et son propre reflet

conque de vie spirale engloutie

et l'eau et l'eau et l'eau

qui te brûle à jamais

Babils de Babel

ils parlent, et croient penser

ils récusent le piège et viennent d'y tomber

confondent théoriser avec terroriser

ils critiquent et pourfendent, maladroits à créer

ils provoquent et se vantent, sans se trouver légers

ils voient qu'ils sont eux-mêmes…

… et ils sont dans le vrai

Je t'écris dans une langue étrangère

ma langue maternelle, idiome de hasard

langue de diaspora

je traduis une voix

qui chuinte ou psalmodie

résonne ou balbutie

jette un pont

ou se noie

Ivre au tout le livre est tout

et tout est livre

un mot ne suffit aux mains pleines de fleurs

le mot semence ensemence

le langage fécondant féconde

l'infini ici-bas l'univers sur papier

Car voici une voix

qui resterait muette

murée dans un tombeau

étreinte sans retour

sans la parole abolie

les yeux de la fillette

espérant un oiseau

et dépassant la nue

Endormi par le rythme

à la lisière des mots

je voyage sans ruse

comme un nageur se noie

avec dedans la tempe

une ardente sonnaille

prophétique

agitée des soupirs du ghetto

main agrippée au bord

et caressant la chute

avec laquelle elle joue

avant que de saison

nous ne pourrons tromper la non-douleur qu'en travaillant la racine du temps, ce baume qui soulage et mène au long rivage glissant vers maintenant, et ramenant la barge au creux de l'abandon

* * *

l'absence est un motif central dans l'art de la dentelle, où le fil du départ, lové au doigt de celui qui reste, garde et la souvenance, et l'édit, et la Loi

* * *

le cœur est, souviens-t'en, organe cave, de géométrie retorse et capricante complexion, où vivent en souverains un rêve et un remords

* * *

à la barbe des mots je dérobe un langage

* * *

je connais des réponses qui se passent de question

* * *

plus on regarde un mot plus on en voit le vide

* * *

prenez garde : le mot nu ment

* * *

il me reste une passion, celle de n'y pas croire

* * *

je connais les gardiens dont s'entourent les prisons

* * *

j'ai peur de mon espoir comme un fou de raison

* * *

je chante sur ta peau un cantique de bruine

* * *

on transperce l'écrit par la flèche du temps

* * *

le silence fait foi

* * *

une nuit de parfum s'éveille avant l'aurore

* * *

il te reste un regret ? garde-le avec soin

* * *

les réponses souvent haïssent les questions

* * *

on me dit que parfois un aveugle redoute le noir. Je ne vois pas pourquoi, même si je sais comment

* * *

la vengeance des voix c'est de rendre l'oreille

* * *

tentative d'un son pour chasser les louves : dans la forêt roches et ramiers

* * *

les os sont un fardeau que je porte à l'envers fardeau qui me porte au contraire

couler couler et je me voyais moi aussi couler et sous mes yeux ma vie s'écroulait le temps perdu mon temps passé pas parfait bien sûr mais si beau vu d'ici ce temps c'était le plus beau des présents alors que maintenant devant moi le néant un futur sans avenir un futur sans sa promise un calvaire gris quotidien sans amis et sans traître orphelin abandonné du monde car bien sûr le monde préfère quelqu'un comme tout le monde moins hors du monde

oui me laisser couler au fond tout au fond oui dans une obscurité de sépulcre mourir pour l'éternité

quand tout à coup quelqu'un à côté de moi quelqu'un dans le vent froid un blue-jean un pull vaguement assorti une barbe poussée à la va-comme-j'te-pousse mais quel sourire là-dessous et quelle voix une voix qui dit qui me dit salut salut camarade tu regardes l'eau camarade

heureusement qu'il y a l'eau l'eau pour laver les saletés du monde les saletés de nous aussi l'eau pour nous rappeler celles de notre naissance les petits bateaux de notre enfance les parties de pêche avec les amis tant confiance qu'on aurait les temps où on était heureux d'être pauvre parmi les gros sot parmi les malins les temps où chaque rencontre était où partager le pain avec les copains les temps où on avait presque marché sur l'eau un petit miracle c'était la fête

alors que maintenant le désespoir rien le trou noir

allez viens camarade tu vas en sortir t'en sortir tu vas venir casser une croûte boire un verre et ça repartira tu sais mais mieux qu'avant tu te laisseras plus posséder par les possédants tu te laisseras plus exclure par les exclusifs tu laisseras plus ligoter l'amour par les égoïstes tu laisseras plus salir le beau par les salauds

tu sais je te comprends camarade j'ai connu ça moi aussi et j'en suis sorti tu vois grâce à quelqu'un il y a des années c'était un jour un peu comme aujourd'hui je crois un jour gris-vert un jour à inventer Verlaine sur un pont dans un vent froid pas un passant juste moi penché sur le pont pensant à foutre ma vie à l'eau oui et je regardais tout en bas tout au fond et je regardais l'eau

sur la feuille sans nervures mais par la ride au front suivre-creuser la trace inscrite dans le drame

par ce traqueur des mots triomphant des idées par ce témoin des Justes de la cendre pensante et de l'espoir gazé

retrouver cet effet rejoindre cet exil mourir de cette mort

embâches et flocons pour entraver son pas obscurcir sa vision

mais lui écho du souffle des montagnes du murmure des prisons de l'hymne des mourants

lui parole du condamné cri du supplicié secrète voix de l'amande-mystère

cette voie de repère son territoire secret

cette voix étrangère à qui rien d'étranger

cette voix de lumière parlant pour le muet

cette voie – – là

toutes les voix d'origines vides de temps désertées de raison vides d'espace aveuglées de lumière assourdies de silence

voix privées d'oreilles mains tendues dans le vide

nous ne pouvons tromper la non-douleur qu'en travaillant la racine du temps, ce drame qui soulage et mène au long rivage glissant vers maintenant et amenant la barge au creux de l'abandon.

l'absence est un motif central dans l'art de la dentelle, où le fil du départ, lové en châle de lui qui reste, garde et la gouvernance, et l'édit, et la loi

le cœur est, souviens-t'en, organe creux de géométrie retorse et capricante complexion, où vivent en souverains un rêve et un remords

versipélite versiflage

versdoyant → versdure

la boussole alignée par l'acier des deux luttes farcie de départs, sans crainte d'arrivées, pour faire de tout chemin un atlas du hasard et suivre des vies par d'autres mal vécues,

il dit « je n'y vais pas et si dans le canal » (canal)

un reflet lourd qui passe rappelle mon regard

je reviendrai pour voir quand il fera bien noir.

sans boussole et sans rail la fuite dans la fuite aux atlas du hasard

autres lignes de départs sans arrivées, une seconde vie sur l'atlas du hasard, une ligne de vie…

« je n'y vais pas » revenir au regard !

des boussoles et d'aciers départs sans arrivées la ligne de la vie mon atlas du hasard le reflet rond du regard dans l'eau noire.

(variantes à droite)

la boussole et l'acier, départ vers un départ sur l'atlas des luttes sur la ligne de vie

la fuite dans la fuite sur l'atlas du hasard devine la ligne de vie

Nous ne pouvons tromper la non-douleur qu'en travaillant la racine du temps, ce lame qui soulage et mène au long rivage glissant vers maintenant, et ramenant la barge au creux de l'abandon

Le cœur est, souviens-t'en, organe cave, de géométrie retorse et captivante complexion, où vivent en souverains un rêve et un remords

L'absence est le motif central dans l'art de la dentelle, où le fil du départ, lové au doigt de celui qui reste, garde et la souvenance et l'édit et la loi

La vengeance des voix c'est de tendre l'oreille